Comment conserver des parties animales et comment les intégrer à votre pratique ?

Âmes sensibles s’abstenir, on fouille les tripes !

J’utilise beaucoup les plantes et les morceaux d’animaux dans ma pratique. J’aime moins les pierres, qui, même si elles peuvent être de formidables alliées, ont une énergie que je sens moins.

Pour utiliser les plantes, rien de bien compliqué : on récolte, on trie un peu, on sèche, on entrepose et on utilise à volonté. Mais pour ce qui est des vestiges animaux, ça devient un peu plus compliqué.
En effet un cadavre, on le trouve rarement frais, et même si c’est le cas, il va vite se décomposer, attirer les insectes nécrophages, sentir, pourrir. Si bien qu’on préfère généralement éviter d’utiliser des parties animales dans la pratique, du fait de leur difficulté de conservation. Mais pourtant avoir une partie animale avec soi quand on ritualise, quand on médite ou dans la vie de tous les jours, peut aider à se rapprocher de son totem, protéger ou attirer la bonne fortune. Et puis laisser se perdre les plumes fauves d’une grive, la douce fourrure d’un renard ou les délicats ossements d’un amphibien serait du gâchis. On va donc voir comment conserver tout ça !

Attention cependant, certains animaux sont protégés et la possession des dépouilles est régulée ou interdite, veillez à bien vérifier quelles sont les lois en vigueur pour éviter tout problème !

Vous aurez tout d’abord besoin d’un animal, mort. Je ne fonctionne qu’avec des animaux que je trouve morts, par principe. Qui sera donc notre base de travail. Prenez des gants pour les manipuler (surtout si la mort est récente, il peut rester un risque de transmission de parasites), et éventuellement un masque si l’odeur de cadavre agresse vos narines délicates de brûleur d’encens. Adressez une prière, un chant funéraire, un remerciement à l’esprit de la bête, faites une petite offrande (j’insiste sur ce point, on se doit de respecter le don fait par l’animal). Puis, installez vous avec votre macchabée et, let’s begin !

Pour récupérer des membres

Tels qu’une patte, une aile ou une queue, le séchage semble être la meilleure solution.
Il va falloir tout d’abord vérifier que la partie désirée soit saine. Si la pourriture a commencé à ronger les chairs, que des asticots y ont élu domicile ou autres délices, c’est exit. On peut essayer d’éliminer la partie gâtée, mais il reste un risque que le problème continue de s’étendre.
Une fois le premier repérage fait, on rentre dans le vif du sujet (c’est le cas de le dire héhé). On va tout d’abord inciser proprement la chair autour d’une articulation, afin de la dégager. Puis on va couper les tendons qui relient les os, et séparer ces derniers délicatement pour éviter d’abîmer tout ça.
Une fois votre animal mis en pièces, on passe au séchage.
Prenez vos morceaux et mettez les dans une boîte (non hermétique) remplie de sel, de farine de maïs ou de borax, en mettant la partie à vif dans votre poudre pour que l’humidité soit bien absorbée et fermez la boîte. Laissez-les y pendant environ deux semaines (tout dépend de la masse de chair présente) ou plus. Puis sortez vos trophées de leur boîte et nettoyez-les des restes de sel / farine / borax à l’aide d’un pinceau et d’une petite brosse.

Tips :

♦ Vérifiez de temps en temps qu’aucune odeur témoignant de la décomposition d’un membre ne s’échappe. Si c’est le cas écartez au plus vite le membre concerné pour éviter que cela ne s’étende aux éventuels autres parties animales présentes dans la boîte.
♦ Attention, les chairs seront momifiées à la fin du processus de dessiccation, elles seront donc rigides, recroquevillées, et impossibles à changer de position, il faut donc penser à épingler (par exemple) le membre si on veut lui donner une forme particulière.
♦ Veillez à les conserver dans un endroit sec pour ne pas qu’ils prennent l’humidité et se mettent à se décomposer.

Pour conserver les organes

Comme les yeux ou le cœur. C’est le même processus (un peu plus trash quand même) que pour les précédents morceaux : on vérifie l’état, on coupe proprement et on met à sécher dans une bonne quantité de dessicant, un peu plus que pour les membres externes cependant, puisque les organes contiennent plus d’eau.

Pour récupérer les os. 

Si votre dépouille est à un stade de décomposition trop avancé, que vous ne voulez pas vous risquer à la découpe ou que seul le squelette vous intéresse, vous pouvez récupérer les os de votre animal. Pour cela plusieurs méthodes et variantes.

 ♦ Retirez la chair, vous pouvez faire ça avec vos petites mimines, travail long et salissant s’il en est, ou laisser la nature faire le boulot. Pour ça, mettez la dépouille en plein air, dans un grillage ou un contenant percé pour éviter que des renards chapardeurs vous piquent votre butin, puis laissez faire. Attention cependant aux os de petits animaux qui pourraient être perdus. Vous pouvez donc laisser la nature faire tout le boulot, ce qui prend bien un an, ou bien récupérer les os une fois le plus gros enlevé pour continuer vous-même.

 ♦ La macération ! Si vos os sont bien propres ce n’est peut-être pas nécessaire, mais si il reste des petits bouts accrochés çà et là, c’est passage obligé. Vous allez donc prendre vos jolis petits os cliquetants et les mettre à macérer dans l’eau pour que les bactéries finissent de nettoyer tout ça. On peut ajouter à l’eau des enzymes qui accéléreront le processus qui peut prendre entre deux semaines et un mois, voire plus. Attention cependant, comme vous pouvez vous en douter c’est une étape très odorante, donc ne renversez rien et mettez votre contenant dehors (à part si vous aimez la douce odeur de charogne au pied du lit et là c’est une autre histoire).
Cette phase de macération permet aussi de dégraisser l’os si il est issu d’un animal mort récemment. En effet la graisse, si elle n’est pas ôtée de l’os, peut poser des problèmes à la longue, jaunir l’os, le rendre gras (logique implacable) ou autres joyeusetés. On peut donc, une fois toute chair éliminée, changer l’eau du bain et y mettre du savon pour peaufiner le dégraissage.

♦ Vient ensuite le passage du blanchiment. En effet, vos os ont beau être tout propres, ils peuvent ne pas être d’une couleur à votre goût. Et c’est là que notre amie l’eau oxygénée entre en jeu. On va plonger ces jolis osselets dans un mélange d’eau et d’eau oxygénée moitié-moitié qui aura pour effet de les blanchir et de les désinfecter. Le temps de trempette dépendra de la couleur que vous désirez, mais rappelez-vous que l’os sera légèrement plus sombre dans l’eau qu’une fois sec.
Une fois cette phase de décoloration terminée, certains aiment donner des teintes à leur os, pour cela, encore de la macération ! Dans du thé, de la garance, ce que vous voulez, vous êtes libre de ce côté là !

Choses à ne pas faire cependant.

 ♦ Ne faites pas bouillir vos os, si il reste de la graisse, elle se liquéfiera avec la chaleur et s’infiltrera dans l’os où elle sera impossible à retirer et remontera fatalement un jour où l’autre, rendant vos os ternes, graisseux et jaunâtres.

♦ Et deuxième chose : la Javel. Certes c’est un excellent agent blanchissant et désinfectant, mais elle s’infiltrera dans l’os et va le rendre poreux, en résultera un os friable qui ne durera qu’un an ou deux avant de tomber peu à peu en miettes, ce qui serait dommage étant donné le boulot fourni.

La liste des parties récupérables donnée ici n’est pas exhaustive, mais n’ayant pas l’expérience nécessaire,
je préfère ne pas me prononcer au risque de vous induire en erreur.

Vous voilà donc avec de belles reliques prêtes à l’usage ! Mais quel usage ?

Ces reliques doivent être traitées avec respect, l’animal a offert son corps, on se doit d’en prendre soin. Conservez-les donc dans une boîte, décorée selon vos soin, doublée de tissu pour ne pas abîmer vos précieux trésors en cas de déplacement (j’aime beaucoup ceux-là). Donnez leur un peu d’attention de temps en temps, une petite offrande (j’aime beaucoup les offrandes), dépoussiérez-les si besoin est, etc.
Maintenant vient la question de la pratique. Que faire avec tout ça ?
♦ Les plumes, et les ailes peuvent être utilisées pour éventer les fumigations, faire voler des sorts, symboliser le silence.
♦ Les yeux peuvent protéger, surveiller et deviner.
♦ Le coeur peut devenir un témoin du coeur d’une personne, peut aimer, peut faire vivre.
♦ Les dents peuvent accrocher, mordre, ne plus laisser partir, elle peuvent protéger et attaquer.
♦ La langue peut parler, mentir, se taire, murmurer, faire passer un message.
♦ La fourrure peut aider à se transformer, se cacher et tromper les apparences.
♦ Une partie du corps de votre totem, guide… peut aider à renforcer le lien entre vous.
♦ Et vous pouvez continuez ainsi pendant longteeeemps.

Vous voilà donc parés pour devenir des deathworkers ! Des collecteur d’os et de cadavres ! Des sorciers(ères) gores, folkloriques !

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9 réflexions sur “Comment conserver des parties animales et comment les intégrer à votre pratique ?

  1. Généralement je les enterre, sinon pour l’eau oxygénée, je l’utilise pure (à 30° sinon, 10° ca ne blanchit pas je trouve). UN peu chiant à acheter en pharmacie, on se fait mater bête (mention spéciale si tu rentres en demandant du Péroxyde d’Hydrogène) On peut aussi les marquer à l’ocre rouge, et un crâne fait un bon gardien du sommeil sur une table de nuit. :p

  2. Quelques info pour la france, au niveau des lois. J’avais demandé l’année dernière à l’office nationale de la chasse et de la faune sauvage ce qu’il en était concernant les dépouilles de putois, martre, renard et blaireau, si on pouvait les conserver. J’ai reçu cette réponse:
    —-
    Il faut distinguer plusieurs types de situation ainsi que la distinction s’il s’agit d’une espèce protégée ou d’une espèce chassable.
    Les spécimens figurant dans la liste des espèces protégées au titre de l’art. L.411-1 CE ne peuvent être appropriés, le 1° de cet article interdisant toute action sur l’animal, en particulier de transport ou de détention.

    Dans le cas des animaux victimes d’une collision :

    – Si c’est une espèce protégée, il faut avertir les agents compétents pour la police de la chasse et de la nature.
    – Si c’est une espèce chassable, après information de la gendarmerie ou du maire de la commune du lieu de découverte, il faut distinguer le grand gibier des autres animaux. Pour le grand gibier l’appropriation est possible. Pour les autres animaux, il faut distinguer selon le poids de l’animal, si inférieur à 40 kg, l’animal est destiné à l’enfouissement, si supérieur à 40 kg, l’animal est destiné au service de l’équarrissage.

    · Dans le cas des animaux victimes d’un acte de braconnage :

    – Si c’est une espèce protégée, il faut avertir les agents compétents pour la police de la chasse et de la nature.
    – Si c’est une espèce chassable, après information des agents compétents pour la police de la chasse et de la nature ou du maire de la commune du lieu de découverte, l’animal est saisit par les agents compétents pour enfouissement ou équarrissage.

    · Dans le cas des animaux trouvés morts à la suite d’un acte de chasse :

    – Si c’est un gibier appropriable (période de chasse ouverte, gibier pas soumis à un plan de chasse, espèces ne bénéficiant pas de certaines protections règlementaires en application de l’arrêté du 29 avril 2008 (mustélidés), découverte non concomitante à un acte de chasse sinon vol), l’appropriation est possible par le découvreur.
    – Si c’est un gibier non appropriable, après information du maire, il y a soit enfouissement, soit remise au service de l’équarrissage.

    · Dans le cas d’un animal mort à la suite d’une maladie ou d’un empoisonnement :

    – Il faut avertir les services de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage ou ceux des Fédérations Départementales des Chasseurs.

    L’Article 2 de l’arrêté du 29 avril 2008 relatif à la protection et à la commercialisation de certaines espèces de mammifères sur le territoire national prévoit :
    « I. – Est interdite sur tout le territoire national et en tout temps la mutilation des animaux des espèces de mammifères dont la liste est fixée au présent article.
    II. – Sont interdits sur tout le territoire national et en tout temps la détention, le transport, la naturalisation, le colportage, la mise en vente, la vente ou l’achat, l’utilisation commerciale ou non des spécimens des espèces de mammifères dont la liste est fixée au présent article, prélevés :
    dans le milieu naturel du territoire métropolitain de la France, après le 19 mai 1981 ;
    dans le milieu naturel du territoire européen des autres États membres de l’Union européenne, après la date d’entrée en vigueur de la directive du 21 mai 1992 susvisée.
    Carnivores
    Mustélidés
    Fouine (Martes foina) ;
    Martre (Martes martes) ;
    Hermine (Mustella erminea) ;
    Belette (Mustella nivalis) ;
    Putois (Mustella putorius).
    Cependant les dépouilles peuvent être transportées et naturalisées pour le seul compte de l’auteur de la capture et à des fins strictement personnelles.
    Tout taxidermiste mentionne, dans un registre coté et paraphé par le maire ou le commissaire de police et tenu sans blanc ni rature, tout animal qu’il naturalise, afin de permettre le contrôle de la provenance de celui-ci.
    Sur ce registre sont précisés en tête le nom ou la raison sociale du taxidermiste, son numéro d’enregistrement au registre des métiers, son adresse et son numéro de téléphone.
    Le registre doit préciser pour chaque animal les nom, prénoms et adresse de la personne qui l’a remis, les dates d’entrée et de sortie. »

    L’arrêté du 26 juin 1987 fixant la liste des espèces de gibier dont la chasse est autorisée, prévoit que le blaireau ainsi que le renard sont des espèces chassables. De plus, l’arrêté du 30 septembre 1988 fixant la liste des animaux susceptibles d’être classés nuisibles, fait référence au renard. Par conséquent, suivant les situations décrites ci-dessus, il sera possible ou non de s’approprier l’animal puis de le naturaliser.
    ——–

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